Catherine Matausch n'est pas de celles qui gaspillent leur énergie en imposant leurs idées à tout prix : « Je ne parle pas aux gens qui ne sont pas prêts à m'entendre », dit-elle. : Rina Uzan Une Femme. Si ce mot en lettres majuscules était le titre d'un roman, Catherine Matausch en serait l'héroïne. Journaliste, chef de famille et artiste peintre, la présentatrice du journal télévisé de France 3 prépare une exposition à Brignoles, sa ville natale. Un tendre retour au point de départ, en forme d'hommage à sa mère, sa critique la plus fidèle.
« Je me considère comme un vieux sage »
Attentive, souriante et détendue, la blonde cathodique, installée au soleil sur une terrasse de la place Caramy, s'est laissée aller aux confidences.
Quel personnage se cache derrière la petite lucarne ? Une adolescente solitaire devenue, au hasard de la vie, présentatrice expérimentée et sereine. La fille d'un Tchèque venu construire sa vie à la force de ses bras dans les mines de bauxite. Une mère attentive, une femme épanouie, une artiste sensuelle au regard aiguisé... Tout cela à la fois. « Je me considère comme un vieux sage », résume-t-elle. La vie parisienne n'a pas atténué l'intensité troublante de ses grands yeux bleus. Catherine Matausch reste passionnée mais elle ne subit plus. Elle cultive son enthousiasme et savoure les instants. D'un côté, son travail, à l'écoute des palpitations planétaires, de l'autre, sa seconde vie, l'oeil alerte, pour retranscrire en un coup de pinceau les émotions puisées au fil de ses paysages.
« Je n'ai jamais rêvé d'être présentatrice »
« Avec l'âge, je me suis débarrassée du souci de mon image, j'ai appris à construire ma propre vie, indépendamment de ma famille et de mon métier pour devenir ce que j'avais envie d'être », avoue-t-elle. Et pendant que les jeunes loups aiguisent leurs sourires pour se glisser sur le devant de l'écran, Catherine relativise : « Je n'ai jamais rêvé de monter à Paris, je n'ai jamais rêvé de devenir présentatrice. L'essence du journalisme n'est pas de parler, mais plutôt d'écouter et de voir. A la télé, les modes bougent et la course contre le temps s'accélère. Le vécu est essentiel pour prendre du recul. »
Après 25 ans d'antenne, Catherine Matausch a trouvé la bonne distance : journaliste surbookée le week-end et peintre langoureuse la semaine. « A quinze ans, je dessinais dans ma chambre, puis mon atelier a déménagé dans mon salon. Aujourd'hui je ne peux plus me passer de l'odeur de térébenthine. Le dessin a pris une place centrale dans ma vie. Dans les moments de solitude ou de douleur, la peinture définit un espace où les choses se construisent. »
En choisissant de s'exposer aux jugements des autres, Cath Math - comme elle signe ses tableaux - repart à zéro. Cette fois les regards ne seront pas tournés vers son image cathodique, mais vers ses toiles. « Pas question ici d'orgueil ou de confiance en soi. La peinture c'est moi avec mes imperfections », conclut-elle.
Catherine Matausch le sait : en art, dans la vie ou au soleil sur la place Caramy, ce sont ces petits détails inattendus qui rendent l'existence délicieuse. Comme l'observer chercher ses mots colorés en effleurant de ses doigts son visage. Harmonieuse et fragile, réaliste et inspirée, une Femme en majuscule, dissimulée derrière l'écran de la télé.