Le BPC (bâtiment de projection et de commandement) « Tonnerre », regorge d'informatique avec un nombre important de personnels : 170 postes de travail qui permettent l'échange de messages, la rédaction des ordres, la validation, l'authentification et la transmission aux échelons subordonnés. : Photo Philippe Arnassan Les « gamers » sur PC ou console maîtrisent cela haut la main. Mais dans la vraie vie, la numérisation totale de l'armée de terre n'est envisagée qu'en 2012. Cette semaine à Fréjus et sa région, l'exercice ANVIL 08 s'inscrit justement dans un processus de certification des unités dans le domaine de la numérisation de l'espace de bataille (NEB).
En outre, 1 500 soldats de l'armée de terre seront évalués dans leur capacité de combat en zone urbaine, dans la perspective de la prochaine prise d'alerte de l'OTAN, en janvier 2010.
Les opérations de débarquement ont débuté hier, à Saint-Aygulf et sur la base nature de Fréjus. Elles convergeront vers la prise fictive d'un aéroport et l'évacuation de civils pris à partie par des paramilitaires à La Motte et au Muy (mercredi), la libération d'otages retenus à Fréjus et la reconquête de la partie ouest de ville tombée aux mains des milices (jeudi), enfin la capture d'un groupe de terroristes (vendredi).
Un intranet inviolable
« Nous sommes tombés d'accord avec les autorités locales pour minimiser les nuisances. J'espère que nous contribuerons à donner une image positive de l'armée », a souhaité, hier sur le pont d'envol du BPC (bâtiment de projection et de commandement)Tonnerre, le contre-amiral Loïc Raffaëlli (force d'action navale) qui partage le commandement des opérations avec le général Bertrand Clément-Bollée (6e Brigade légère blindée). « La richesse de cet exercice est de partager la culture des différentes armes », a dit le contre-amiral Raffaëlli en associant l'armée de l'air dont quelques Mirage seront à l'ouvrage.
Parmi les premiers matériels débarqués du BPC Tonnerre et des TCD Foudre et Siroco, des containers regorgeant d'informatique. Le Système d'information régimentaire (SIR) permet de mettre en oeuvre des actions qui sont du ressort des PC des régiments et de leurs compagnies. Par l'intermédiaire d'interfaces codées, sorte d'intranet inviolable, ces informations sont transmises au Système d'information pour le commandement des forces (SICF).
Ce système, mis à la disposition de l'état-major conjoint du théâtre d'opération, permet au commandant de préparer et planifier les combats, de prévoir leur évolution, d'y pourvoir.
En visitant le BPC Tonnerre, on est ainsi frappé par le nombre de personnels qui gardent les yeux rivés sur leur ordinateur : 170 postes de travail qui permettent l'échange de messages, la rédaction des ordres, la validation, l'authentification et la transmission aux échelons subordonnés.
« Un multiplicateur de forces »
Pour le général Bertrand Clément-Bollée, dont deux brigades de l'armée de terre ont expérimenté la NEB en juin 2006 en République démocratique du Congo, « la numérisation permet des transmissions à des distances inégalées et l'accélération du processus décisionnel. Alors que nous étions davantage en position d'attente auparavant, la connaissance informatique de la position tactique permet désormais de proposer des actions ».
Le système d'information terminal (SIT) ferme la chaîne numérisée. Tout véhicule, char (Leclerc, AMX), hélicoptère (Puma, Gazelle, Tigre) équipé de capteur est capable de recevoir des messages et d'expédier des comptes rendus formatés, de connaître et d'indiquer sa position, d'afficher sur écran une carte tactique et d'accéder à des données.
Fin du fin, le chef d'état-major des armées reçoit les mêmes données en temps réel, dans son bureau parisien. « La numérisation de l'espace de bataille est un multiplicateur de forces », résume le contre-amiral Raffaëlli.